Chronique du 22 décembre 2011 dans la revue "Batimag"

Comment un hamster fait baisser les prix

A la fin de l’année, on tire le bilan. Même si tous les chiffres ne sont pas encore disponibles ni consolidés, une chose est d’ores et déjà certaine : les prix de la construction ont également baissé en 2011. Et cela malgré un volume de travaux proche de records. D’un point de vue strictement économique, cette évolution paraît totalement invraisemblable. Mais si l’on s’intéresse à l’histoire de l’économie agricole, une telle situation n’est ni nouvelle, ni illogique.

Dans les années 1950, les prix payés aux producteurs pour les céréales panifiables et fourragères ont subi une importante baisse. Pourquoi ? Grâce aux progrès techniques, autrement dit à l’utilisation accrue de sortes de céréales plus productives, d’engrais artificiel et de machines, la production par unité de surface a constamment augmenté. Mais la demande de céréales panifiables et fourragères est restée à peu près constante. Cela a exercé une pression sur les prix du marché et, partant, sur le revenu des producteurs de céréales.

Les agriculteurs étaient contraints de produire encore plus efficacement. Les coûts de production par tonne de froment ou d’orge fourragère devaient être réduits davantage. Or, cela n’était possible qu’en augmentant encore la production par hectare ou par heure de travail. Cela a conduit à une nouvelle augmentation des quantités récoltées et à une nouvelle baisse des prix. Le cercle infernal avait commencé.

Contrairement à toute logique économique, la baisse des prix n’a pas conduit à une baisse des quantités mises sur le marché, mais au contraire à un nouvel accroissement de la production. L’économiste étasunien Willard Cochrane a appelé ce phénomène « le tourniquet agricole ». Comme le Hamster dans son tourniquet, qui n’avance pas d’un iota malgré tous ses efforts, les cultivateurs de céréales s’efforçaient d’augmenter leur revenu en améliorant leur rendement.

Voyez-vous le parallèle avec le secteur suisse de la construction ? Les entreprises de construction ne doivent-elles pas, elles aussi, augmenter constamment leur rendement pour couvrir les coûts de production ? Les prix ne baissent-ils pas, eux aussi, malgré un volume de travaux constant, voire en augmentation ?

Mais la question déterminante est la suivante : comment a-t-on réussi à freiner le « tourniquet agricole » ? Par des interventions de l’Etat telles que des garanties de prix et un contingentement des quantités. Elaborées et mises en œuvre par un lobby agricole fort. Ce n’est plus la météo et la sueur du paysan qui déterminaient le succès de ses récoltes et de son élevage, mais la politique. Une perspective qui paraît hors d’atteinte pour le secteur de la construction.

En 2012, le hamster continuera à courir dans son tourniquet et les prix à baisser. Comme, à l’époque, pour les céréales.

 

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de Benedikt Koch

Ing. agricole dipl. EPF et

directeur de la Fédération Infra